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Tous gagnants pour pérenniser le secteur betterave-sucre belge

 par Marcel Jehaes, Président CBB

En ce mois de janvier, les planteurs sont face à des décisions importantes et très engageantes pour assurer la pérennité du secteur betterave-sucre belge.

Ces décisions sont particulièrement engageantes pour ceux qui désirent s’intégrer dans la nouvelle coopérative transformatrice de sucre CoBT. Ce challenge, unique et de longue durée, est censé être réservé aux plus confiants dans l’avenir de la betterave sucrière et dans la possibilité de financement du projet. En effet, le candidat coopérateur ne doit pas perdre de vue qu’à la signature de son engagement, il se lie jusqu’en 2032 quel que soit le destin de la coopérative sauf s’il cède ses parts à un autre agriculteur. Et d’autre part, le prospectus de souscription précise que l’obtention du financement bancaire n’est pas encore totalement acquise. Espérons que les administrateurs de la toute jeune coopérative obtiendront l’appui nécessaire auprès d’un consortium de banques essentiellement belges sans impacter significativement le prix de la betterave payé aux planteurs et que, malgré ces difficultés, l’action de souscription réussisse car ce serait une déconvenue révélatrice d’une certaine perte de confiance du monde betteravier belge dans son avenir.

Au moment d’écrire ces lignes, le projet de la sucrerie de Seneffe est toujours virtuel et le sera au moins jusqu’au 31 janvier voire même jusqu’à la fin mars. Et c’est là, malgré les raisonnements infondés de certains qui consistent à opposer les deux dossiers de participation CoBT et SOPABE-T, que le bon sens intervient. Pour faire simple, on peut actuellement distinguer trois groupes de planteurs RT concernés actuellement par les choix stratégiques de participations. Le premier, c’est ceux qui projettent de livrer toutes leurs betteraves à la sucrerie de Seneffe ; le deuxième, c’est ceux qui sont et veulent rester en totalité à la RT et le troisième c’est ceux qui souhaitent livrer une partie de leur récolte dans chaque groupe sucrier. Dans le cas de figure d’un abandon du projet de Seneffe et vu que, pratiquement tous (sauf ceux qui abandonneraient la culture) continueraient leur partenariat avec la seule RT, leurs intérêts se rejoignent. Une seule attitude est envisageable : renforcer ensemble la position syndicale pour obtenir des prix rémunérateurs de la betterave et de ses coproduits.

Le bras de levier de la SOPABE-T mis sur pied en son temps par Jean-François Sneessens et nos prédécesseurs garde toute sa raison d’exister. Pratiquement tous les planteurs actuels de la RT ont intérêt à accepter la proposition des représentants de la SOPABE-T. Elle ne constitue nullement un obstacle à l’avènement de la sucrerie de Seneffe mais au contraire, un filet de sécurité pour éviter d’hypothéquer dangereusement l’avenir du secteur.

Le projet Sopabe-T de conversion partielle et par étapes des obligations Sopabe-T en actions Südzucker est motivé par le fait que nous traversons une période de très grosses incertitudes. Rappelons-en les principales. Les marchés du sucre européen et mondial sont très déprimés et laissent présager que de nombreuses restructurations au niveau planétaire sont inévitables. Actuellement en Europe, le cadre d’utilisation des produits de protection des plantes est remis fortement en cause. D’ici deux ans, le monde agricole est en droit d’obtenir un nouveau règlement sur le sujet permettant de cultiver en toute sécurité agronomique, sanitaire et économique toutes les cultures nécessaires à l’approvisionnement alimentaire de la population. Sinon, l’Europe devra recourir à des importations douteuses et sujettes à des émissions de carbones supplémentaires. Le développement de nouveaux produits biosourcés à partir de sucre n’en est qu’à ses débuts et on pourrait également dans deux ans mieux en mesurer le développement potentiel. Les effets réels du Brexit sur le marché du sucre européen seront en principe mieux quantifiables. Les orientations de la PAC post 2020 seront connues ainsi que le sort de la prime couplée à la betterave versée aux producteurs de certains pays de l’Union européenne. Restera l’inconnue sur l’évolution des parités monétaires ; un facteur déterminant dans la course à la compétitivité. La résultante de ces facteurs pourrait très bien être positive et contribuer à la relance de la culture de la betterave sucrière belge alors, évitons de jouer les perdants.

Avec une vision teintée d’optimisme mais prudente sur le secteur betterave-sucre belge, l’orientation proposée aux planteurs par les représentants de la SOPABE-T d’aller vers une conversion partielle des obligations en action Südzucker est logique. C’est un investissement mesuré et calibré pour renforcer, à moyen terme, le cadre de négociation en faveur de nos organisations syndicales face à notre partenaire industriel. La décision de remboursement donnerait, comme dans le cas de l’échec de la souscription à la CoBT, l’image d’un monde betteravier belge qui ne croit plus en son avenir. Devons-nous tout perdre par manque de discernement dans l’approche de ces enjeux ? Pour l’ensemble des betteraviers belges, le meilleur scénario est la réussite de ces deux dossiers de participation bien différents mais dont la finalité est identique. Par une démarche d’investissements raisonnés, nous exprimerons une volonté forte de vouloir sortir de cette crise et de donner un espace de perspective à la génération suivante.

 

 

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Communiqué de presse CBB - Campagne betteravière 2018-19 atmosphère de crise

Abeilles et betteraves.

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