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À travail honnête, salaire honnête

par Mathieu Vrancken, Président de la CBB

 

Très chaud et archi-sec. Tel est le résumé ces trois derniers mois. Les gens, les animaux et les plantes souffrent de ces conditions météorologiques extrêmes. Toutes les cultures ont été plantées dans de bonnes conditions et le début de la saison de croissance s’annonçait prometteur. Ensuite, les choses se sont gâtées car la pluie espérée et nécessaire s’est fait attendre. Toutes les cultures souffrent d'un énorme manque d'eau. Les plantes à cycle court (pois, lin, épinards, ..) sont les plus touchées par la sécheresse. Les autres cultures (betterave, céréales, ..) sont davantage en mesure de résister à ces conditions extrêmes. Grâce à leur enracinement profond, les betteraves peuvent prélever humidité et éléments nutritifs dans les couches plus profondes du sol. Jusqu'à présent, la récolte de betteraves 2017-2018 peut encore être supérieure à la moyenne mais il est grand temps qu’il pleuve.

On pourrait croire que nos producteurs de betteraves n’ont pas trop de soucis à se faire. Rien n’est moins vrai. Prenez une minute pour regarder le cours du sucre blanc n° 5 coté à Londres et vous comprendrez ce que je veux dire. La faiblesse du cours du pétrole, l’annonce de bonnes récoltes et la consommation de sucre légèrement stagnante indiquent qu’il y aura du  sucre en abondance pour la saison 2017-2018. Sur le marché mondial, les excédents prévus entraînent un prix du sucre actuellement inférieur à 400 $ par tonne. Converti en euros, ce prix est d'environ 350 euros par tonne. Dans quelle mesure, cela influencera-t-il le prix du sucre sur le marché européen ? Difficile à dire. Il est cependant indéniable que l’augmentation d’environ 17% ses surfaces betteravières dans l’Union européenne risque de peser sur les prix intérieurs du sucre. Nous n’avons jamais été aussi proches du scénario «lait », que nous craignions de voir se reproduire en betteraves. Il y a donc de bonnes raisons pour que les planteurs de betteraves s’inquiètent.

Dans la nouvelle OCM Sucre, il n’y a plus de quotas ni de prix minimum pour la betterave. Dans les nouveaux Accords Interprofessionnels, le prix de la betterave est lié au prix du sucre. Tout le monde le sait ; les négociations avec les fabricants n’ont pas été faciles. Elles ont même été très difficiles. En tant que CBB, nous avons fait ce que nous avons pu pour limiter les dégâts mais nous ne pouvons pas nier que le résultat «négocié» n'a pas été ce que nous espérions. Cela est principalement dû à un rapport de force inégal à la table de négociation.

Suite au bras de fer entre la DG Agri et la DG Concurrence concernant les interprétations relatives au règlement de la nouvelle OCM Sucre, il était extrêmement difficile pour les betteraviers de revendiquer leurs véritables droits. En tant que Président de la CBB, je me sens lâché par la DG Agri qui a rédigé la nouvelle réglementation. La DG Agri a trop misé sur l’image idéale du marché libre et sur l'équilibre naturel entre les parties. Elle n’a pas assez pris en compte la faiblesse du pouvoir de négociation des planteurs vis-à-vis des fabricants. Pour toutes les discussions en cours sur le règlement Omnibus et sur les pratiques commerciales déloyales, le message de la CBB se résume en une seule phrase : «  Il faut que le droit agricole prime absolument sur le droit de la concurrence ! ».

Nous devons malgré tout continuer. Et c’est ce que nous faisons. Les négociations pour la campagne 2018-2019 ont déjà repris avec Iscal comme avec la RT. Un exercice difficile puisque nous ne pouvons pas encore pleinement mesurer toutes les conséquences des accords conclus pour la campagne 2017-2018. Ce qui est clair en tout cas, c’est qu’aujourd’hui, dans la filière betterave-sucre, les risques sont surtout endossés par les betteraviers. Par conséquent, nous attendons que ces risques soient compensés correctement. En fin de compte, chaque producteur de betteraves est un entrepreneur et mérite pour cela une rémunération correspondante. Un salaire honnête pour un travail honnête.

 





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