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Une nouvelle ère

par Mathieu Vrancken, Président de la CBB

 

Des négociations difficiles

Comme l’indiquent le calendrier et le réveil de la nature, nous voici arrivés au mois de mars 2017. Après de nombreuses discussions, nous sommes finalement sur le point de semer les premières betteraves de la nouvelle ère sans quotas de sucre. Presque toutes les certitudes sont déboulonnées les unes après les autres, pour le fabricant de sucre comme pour les producteurs de betteraves. C’était écrit dans les étoiles que les négociations sur le partage des risques et des défis, à savoir l’accord Interprofessionnel, seraient une tâche difficile.

 

Une communication ouverte et correcte est un signe de respect

Nous pensons que si l’on respecte les positions de chacun, il est finalement toujours possible d’aboutir à une solution acceptable pour les deux parties. Ce respect peut se témoigner de nombreuses façons et l’une d’entre elles consiste certainement à communiquer de manière correcte et ouverte. Trop souvent, nous avons pu constater que le fabricant a bafoué cela. Trop souvent, nous avons été confrontés à : écoutez bien notre discours mais ne regardez surtout pas nos actes.

Si vous me permettez, voici un petit exemple éclairant. Depuis plus d’un an, la Raffinerie Tirlemontoise base sa communication sur un prix du sucre pour la prochaine campagne situé entre 450 et 500 euros, ce qui devrait se traduire par un «bon» prix pour la betterave. Presque toutes les simulations présentées aux planteurs ou communiquées aux organisations de planteurs et aux cabinets ministériels se sont basées sur ces prévisions optimistes.

Nettement moins optimiste est le communiqué de presse qui vient d’être publié par le CEFS (association des fabricants de sucre européens) et l’EFFAT (l’union européenne des syndicats des travailleurs de l’industrie agro-alimentaire) qui s’inquiète de l’avenir du secteur sucre européen suite à la suppression des quotas. Voici ce que dit ce communiqué : vu l’augmentation des surfaces betteravières prévue en Europe, il y a de fortes chances que l’offre en sucre soit excédentaire et que les prix du sucre soient tirés vers le bas. En fait, les fabricants qui sont eux-mêmes à l’origine de l’augmentation de l’offre et de la diminution potentielle du prix du sucre, sont les mêmes qui, maintenant, tirent la sonnette d’alarme et demandent des mesures de soutien politiques: aide au stockage privé, demande d’un fonds structurel si la situation devient intenable et en cas de fermetures de certaines usines moins compétitives, si les travailleurs perdent leur emploi. Une situation d’autant plus contradictoire que le plus souvent, ce sont les fabricants qui imposent à leurs agriculteurs de produire de plus grandes quantités! Où est la logique dans tout cela ? Tout cela est-il bien correct ?

 

Des décisions difficiles pour les organisations de producteurs

Pour notre organisation betteravière aussi, une nouvelle ère est à venir. Avec la disparition de l’ancien système de quotas, ce sont aussi toute une série de nos certitudes qui disparaissent et non des moindres, comme la disparition du prix minimum de 26,29 euros la tonne de betteraves. Cela aura également pour conséquence que beaucoup de producteurs vont devoir réfléchir et se forger une opinion sur ce qu’ils devront ou pourront dans le nouveau système.

En soi, ce n’est pas une mauvaise chose que nous ayons à prendre en compte tout ce fatras d’opinions pour dégager une position défendable et correcte à défendre au cours des négociations. Car je continue à être persuadé que les idées et les préoccupations constructives finissent par s’imposer.

«Divide et imperra», diviser pour régner, telle était déjà l’excellente tactique de Jules César pour affaiblir l’adversaire. Gardons cela fermement à l’esprit au moment de basculer dans cette nouvelle ère post quota, car c’est la seule façon d’être sur le même pied que notre un partenaire à la table des négociations. En voici un exemple récent: la Raffinerie Tirlemontoise a envoyé un contrat (avec annexes) que tous les planteurs ont reçu dans leur boîte aux lettres.

A l’heure d’écrire cet éditorial, la procédure de conciliation est en cours. L’accord interprofessionnel que la RT a glissé dans l’enveloppe est un accord entre chaque planteur individuel et la RT. Cela n’est pas permis. La législation européenne est très claire sur ce point: un accord inter-professionnel (le mot parle de lui-même) doit être négocié avec les organisations betteravières reconnues par l’État membre. Pour les planteurs de la Raffinerie Tirlemontoise, c’est le Comité de coordination des planteurs de Hesbaye qui a été reconnu par les autorités flamandes et wallonnes.

Nous nous efforçons tous d’être le plus efficaces possible pour surmonter la période de turbulences qui nous attend. 4.500 accords interprofessionnels individuels à conclure est une contradiction.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter à tous une saison betteravière 2017-2018 réussie.

En avant !

  

Le Comité de Coordination des Planteurs de Hesbaye (CoCo HSB) et la Raffinerie Tirlemontoise (RT) sont parvenus à un accord interprofessionnel (AIP) (voir notre Communiqué de presse)


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