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Des démarches pour un secteur betteravier tourné vers l’avenir

 par Marcel Jehaes, Président CBB

et Peter Haegeman, Secrétaire général CBB

Le moment nous semble opportun de regarder en arrière, mais aussi, et surtout, en avant.

Le Congrès de la CBB, accueilli à Mons par le Comité de Coordination du Hainaut, a réuni l’ensemble des représentants des planteurs belges dans une atmosphère de collégialité. A partir des présentations d’une série de conférenciers captivants et d’envergure, nous avons pu débattre sur les défis auxquels nous sommes confrontés. Notre réflexion ne s’est pas arrêtée seulement à notre niveau de planteurs de betteraves mais s’ est étendue à la filière Betterave Sucre toute entière.

De ces réflexions, nous avons dégagé les principales lignes directrices pour notre action politique. Nous vous en présentons dix :

  • L’Europe a largement déréglementé le marché du sucre. Les conséquences sont sévères. Il n’y a qu’au sein de l’Union européenne que la production de sucre n’est pas soutenue par les pouvoirs publics. Cela signifie que les règles ne sont pas les mêmes pour tous. L’Europe doit réexaminer d’urgence cette question et, à tout le moins, fournir ou permettre que des instruments nécessaires soient mis en place pour faire face aux fortes fluctuations du marché
  • Dans cette optique, il ne peut être question d’offrir de plus grandes opportunités de vente sur notre marché aux autres pays qui subventionnent leur production et qui sont soumis à des normes beaucoup moins strictes.
  • Un marché qui fonctionne correctement exige des informations fiables et de la transparence. Tant les rapports actuels sur les prix du sucre que les rapports à venir sur les prix de la betterave sucrière devraient y contribuer. Des publications plus précises et plus rapides sont indispensables.
  • La notification des accords interprofessionnels et des clauses de répartition de la valeur est également urgente à cet égard. La disparition des quotas et du prix minimum a particulièrement affaibli le maillon «planteurs» pour le partage de la valeur ajoutée au sein de la chaîne. Les pratiques commerciales déloyales suite auxquelles la valeur ajoutée disparaît largement dans les derniers maillons de la chaîne, sans que le consommateur en bénéficie, doivent être non seulement combattues mais sanctionnées sévèrement.
  • Les planteurs et les fabricants de betteraves doivent également se remettre en question. Une certaine «discipline» en matière d’ensemencement et de production pourrait constituer un premier pas vers la stabilisation de l’offre et l’augmentation des prix actuellement beaucoup trop bas.
  • La réglementation sur les produits phytopharmaceutiques n’est pas suffisamment pragmatique ou objective. Une approche plus rationnelle s’impose, qui tienne également compte des solutions alternatives disponibles lorsque des substances actives sont interdites ou limitées. Dans ce contexte, la betterave biologique peut devenir à terme une option intéressante, mais elle doit encore être fortement développée et bien affinée en raison de son coût plus élevé et de sa complexité pratique. L’exemple autrichien en 2018 est édifiant : sur 1.700 ha ensemencés seulement 500 ont été récoltés.
  • En plus de l’interdiction et de la restriction, des mesures incitatives peuvent également être prévues. L’innovation doit être possible, non seulement en fournissant les ressources nécessaires à la recherche et au développement, mais aussi par le biais de réglementations qui permettent l’exploration des nouvelles techniques de sélection variétale.
  • L’inconnu est souvent mal aimé. Le secteur de la betterave sucrière doit davantage et mieux se faire connaître en communiquant de manière plus proactive : les produits de protection des plantes restent une nécessité absolue pour produire de manière agronomiquement et sanitairement responsable. L’utilisation excessive de phytosanitaires superflus ou inefficaces nuit avant tout aux planteurs eux-mêmes. Ils doivent absolument conserver la main dans leurs choix agronomiques et en particulier dans la guidance phytosanitaire.
  • Actuellement, le sucre ajouté et raffiné est fortement critiqué. L’industrie alimentaire est en train de reformuler ses produits afin de réduire la teneur en sucre. Le sucre ne doit pas être stigmatisé unilatéralement et gratuitement et toute discussion doit s’inscrire dans le cadre d’une alimentation équilibrée correspondant à une activité physique suffisante. Avec l’omniprésence de la numérisation qui provoque chez certains une addiction, le sport perd du terrain, en particulier chez les jeunes.
  • A court terme, le secteur doit avoir une vision plus claire sur la valorisation alternative de la betterave sucrière. Le bioéthanol, la biométhanisation et les bioplastiques méritent toute notre attention. Ces trois voies méritent un meilleur développement et elles nous aideraient à nous prémunir contre les fluctuations des prix sur le marché mondial et à retrouver un niveau de rentabilité suffisant.

Il y a aussi notre action syndicale. Nous y voilà pour quelques semaines cruciales. Le marché du sucre est en crise, les planteurs n’arrivent plus à gagner suffisamment d’argent avec la culture de la betterave alors que les coûts continuent à augmenter... Nous attendons que les fabricants de sucre, la Raffinerie Tirlemontoise (et bien sûr l’actionnaire majoritaire Südzucker) et Iscal Sugar, redeviennent des partenaires fiables et non de simples acheteurs opportunistes de nos betteraves. Le temps des belles paroles est révolu : de nombreux planteurs se demandent s’il ne vaudrait pas mieux se tourner vers d’autres cultures, réduire ou même arrêter la production de betteraves. Cela risque de démanteler les liens historiques de nos participations et de se retourner aussi contre les industriels, la distribution et au final contre le consommateur. Un juste prix avec une répartition équitable de la valeur ajoutée à tous les niveaux est indispensable pour la pérennité du secteur.

La nouvelle coopérative CoBT est également à un tournant. Dans les semaines qui viennent, ses nouveaux organes dirigeants devront décider, comme prévu initialement, si la construction de leur nouvelle sucrerie reste possible.

Ces décisions, ainsi que les autres décisions dont nous avons parlé et qui devront être prises à court terme, détermineront dans une large mesure l’avenir à long terme de la culture de la betterave en Belgique. La CBB est consciente des enjeux et s’emploiera comme par le passé à mener à bien ces différents challenges.

 

Les firmes suivantes ont apporté leur soutien matériel à l’organisation  du 23ème Congrès de la CBB

Sponsors Congrès CBB 2019

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Abeilles et betteraves.


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