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Incohérences et optimisme


par Marcel Jehaes, Président de la CBB

 

 

Optimisme malgré la situation difficile sur les marchés

Alors que notre secteur Betteraves-Sucre a basculé depuis quelques jours dans l’ère post-quota, la rentabilité betteravière semble à court terme mise à mal suite à une offre mondiale de production de sucre trop volumineuse face à une demande en légère régression. La période de volatilité des prix est ainsi ouverte et elle commence par le bas. Ceci dit et malgré ce contexte, l’optimisme pour l’avenir de notre secteur est toujours de mise. Je vais vous citer deux exemples criants de cette approche de notre avenir.

Le premier, c’est le Conseil d’Administration des betteraviers wallons (l’ABW) qui a décidé de poursuivre et d’approfondir leur étude sur la pertinence de construire une nouvelle sucrerie sous forme de coopérative. Sur ce sujet, tous les planteurs wallons seront invités prochainement à des réunions d’information. En tant que Président de la CBB, je ne puis que vous recommander de vous y rendre pour saisir objectivement et justement le contenu de cette étude.

Le deuxième, c’est l’analyse de la CGB (Confédération Générale des Betteraviers : notre alter-égo français) qui voit en la fin des quotas la fin aussi du verrou à l’exportation (quantité plafonnée pour l’Europe à 1.350.000 tonnes de sucre sous le régime des quotas suite à un panel perdu face à trois autres pays gros exportateurs de sucre) et donc la possibilité de regagner des parts de marchés à l’export. Pour les français, l’écart de compétitivité entre la canne et la betterave s’étant réduit fortement ces dernières années, le moment est propice pour assurer le développement de leurs industries sucrières métropolitaines et augmenter significativement la sole betteravière.

 

Débat : science versus émotions

Mais malheureusement d’autres gros nuages viennent masquer cet optimisme si rayonnant. En effet l’utilisation du glyphosate et des néonicotinoïdes pourrait être suspendue définitivement et ce sans dérogation et sans attendre l’avènement de nouveaux produits de substitution. La disparition du glyphosate entraînerait avec lui l’arrêt des méthodes culturales sans labour et, à fortiori, les techniques simplifiées ; bref les moyens mis au point et éprouvés pour lutter contre l’érosion des sols et limiter les émissions de carbone résultant du travail du sol. En France, une étude menée par l’institut IPSOS estime que la perte serait de deux milliards d’euros pour l’Etat (déficit accentué de la balance commerciale suite à une diminution des exportations des produits agricoles concernés), une perte de 33 % pour le revenu des exploitations de grandes cultures résultant d’une augmentation des coûts de production de 26%. De plus, plusieurs études crédibles dont celle de l’Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire (EFSA), démentent les accusations de certaines ONG  et d’une certaine presse (les habitués des contres-vérités) que la substance incriminée serait cancérigèn.

Quant aux néonicotinoïdes, l’IRBAB ainsi que les autres instituts betteraviers européens ont démontré de façon formelle que l’usage de ces molécules dans l’enrobage des semences de betteraves était inoffensif pour les abeilles (absence de contact : plante non pollinisatrice à très faible sudation). Sur base de nos systèmes de cultures et de rotations,  une éventuelle transmission de traces de résidus présents dans le sol à une culture mellifère de la rotation est peu probable.  Et là aussi, il n’existe à ce jour aucun nouveau produit de substitution valable. Je tiens à vous rappeler que l’IRBAB fait partie aussi du réseau des centres pilotes de recherche agronomique des régions flamande et wallonne. Par contre, le recours à des pulvérisations d’insecticides seraient inefficaces sur les pucerons (problème de résistance), nuls sur les insectes souterrains nuisibles (atomaires, tipules, blaniules, taupins…) et nettement moins sélectifs vis-à-vis de toutes les autres espèces auxiliaires utiles à l’agriculture, voire dangereux pour les abeilles si les traitements sont effectués au moment des vols.  Bien plus que le gain annuel moyen de productivité reconnu de 2%, nous perdrions de 10% à 40% de rendement selon les années (climat propice à l’invasion des pucerons) et selon les régions (les régions maritimes sont les plus exposées). Ce n’est pas pour rien que nous demandons une dérogation pour l’utilisation des néonicotinoïdes en culture betteravière, la survie du secteur betteraves-sucre en dépend totalement. Alors que dans le même temps on accepterait des accords bilatéraux (Europe-Mercosur et autres…) ou on importerait du sucre ne répondant pas à nos standards sociaux et environnementaux.

Des études d’incidence reprenant les aspects économiques, sociaux et environnementaux de ces deux dossiers s’imposent. Je crois qu’on oublie trop vite la notion de développement durable qui s’appuie sur ces trois critères et que si on se focalise uniquement sur l’ environnement (encore que le problème environnemental n’est pas avéré), on perdra des moyens financiers et humains indispensables pour résoudre la véritable cause environnementale et pour lutter efficacement contre le réchauffement du climat.


Table ronde : « l’agriculture et l’opinion publique »

En conclusion Messieurs les politiciens, Messieurs les journalistes, travaillez avec nous pour assurer de la résilience à notre secteur et à nos fermes. Ce sera non seulement tout profit pour nos agriculteurs mais aussi pour la société européenne et son cadre de vie. Quant au monde agricole, vu la problématique rencontrée avec ces deux dossiers, je lance un appel à tous les représentants syndicaux agricoles belges pour organiser une table ronde pour débattre de nos moyens de communication avec le grand public. Nous avons tous une carence sur ce sujet et il est grand temps de le résoudre sinon nous nous exposons à des contre-vérités encore plus dommageables et fatales à toute l’agriculture belge voire européenne. Ensemble, mettons fin aux caricatures biaisées, aux raisonnements réducteurs, au marketing de la peur et rappelons aux citoyens de faire confiance à la Science (même si parfois elle se trompe). C’est elle qui assurera notre salut et celui des générations suivantes.

 




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